Villes écologiques : un pari impossible ?

Rencontres et sélection du 14 janvier au 29 février / résidence Marin Schaffner.

Le fait urbain est l’un des enjeux majeurs de notre temps.

Dans 20 ans, plus de 60% des êtres humains vivront en ville1. Mais en 2040, que cela voudra-t-il dire d’habiter à la Chapelle ? A quoi ressemblera la vie dans le Grand Paris ? Et à quoi ressemblera la vie en ville dans les autres régions de France et du monde ?

En lien direct avec ces questions, un ensemble de problématiques écologiques sont de plus en plus visibles dans nos quotidiens : pollutions, bouleversements climatiques, dépendances énergétiques, étalement urbain, bétonisation, etc.

Comment donc bâtir ensemble les villes éco-responsables de demain ?

Avec cette première sélection sur la ville écologique proposée par Marin Schaffner en résidence à la librairie le Rideau rouge vous pourrez creuser les multiples liens entre ville et écologie — articulés autour de quatre grands axes : urbano-diversité, dictature des flux, résister au désastre et mieux habiter ensemble. (En librairie nous vous proposons une sélection réduite pour faute de place mais la plupart des livres sont en rayon ou disponibles sur commande.)

Cette première thématique sera accompagnée de trois animations :

  • Une rencontre avec Fanny Lopez le vendredi 31 janvier à partir 19h30

  • Projection du documentaire Detroit Ville sauvage le jeudi 20 février à 20h

  • Atelier d’échanges et de création tout public le samedi 29 février de 14h à 18H avec les ateliers de l’Antémonde.

Voir le détail des animations ici.

 

1. Urbano-diversité

Comment comparer Paris, Lagos, Grenoble et Valparaiso ?

Chaque ville a ses caractéristiques propres et la diversité des réalités urbaines est immense.

Qu’est-ce donc exactement qu’une ville ? Et quelles différences faut-il faire entre une ville, un village, un quartier, une métropole, la campagne ?

D’emblée, on remarque qu’il y a différents types de villes, et que ceux-ci dépendent à la fois de la taille des aires urbaines, de leurs modèles d’urbanisation et des modes de vie de leurs populations. On observe aussi que les villes se sont historiquement construites selon des réalités de territoire — cours d’eau, vallées, ensoleillement, terres arables, etc. Sans oublier que, depuis plusieurs millénaires, les villes ont influencé les évolutions humaines (selon des cycles tantôt libertaires, tantôt autoritaires), et que de grandes cités (Pékin, Tombouctou, Cuzco, Rome et tant d’autres) ont marqué des époques entières, bien avant l’apparition des Etats-nations.

Il importe donc, dans un premier temps, de reconnaître l’extraordinaire diversité (urbanistique, culturelle et géographique) que forme l’ensemble des villes partout dans le monde depuis des siècles.

2. Dictature des flux

Pourtant, au cours des cent dernières années, l’évolution des villes s’est à la fois accélérée et uniformisée. Dans une sorte de gigantisme incontrôlé, d’immenses métropoles ont vu le jour — principalement inspirées du modèle des villes occidentales capitalistes —, centralisant les populations et les flux2.

Par extension, les plus petites villes alentours ont été prises dans des logiques de suburbanisation (banlieues et bidonvilles), de périurbanisation (zones pavillonnaires et société autoroutière) et de mise en concurrence (attractivité des territoires et pôles de compétitivité).

Alimentation, objets manufacturés, matières premières (pétrole, gaz, minerais, etc.) : la majorité des villes du monde sont aujourd’hui prises dans des flux qui les dépassent et dont elles sont dépendantes de façon constitutive. Les habitantes et habitants des zones urbaines perdent progressivement le pouvoir politique, économique et culturel sur leur vie quotidienne — soulevant, de fait, de nombreuses questions et résistances.

Cette économie de marché mondialisée basée sur les flux transforme peu à peu les villes en centres névralgiques de production et de consommation, au profit d’un système global d’exploitation et de domination.

3. Résister au désastre

Sur tous les continents, les effets néfastes de cette organisation économique mondiale uniforme sont de plus en plus prégnants, et la liste des ravages écologiques s’allonge chaque jour : sixième extinction animale du fait de la destruction des habitats, déforestation, épuisement des sols, migrations climatiques, catastrophes naturelles et pollutions en tout genre,…

Les chemins empruntés par les différentes villes du monde pour résister à ce désastre sont multiples : réponses sécuritaires versus réponses libertaires ; privatisations versus solidarités nouvelles ; poursuite technologique versus tournant écologique, etc.3

Les réalités urbaines semblent se fragmenter. Et les oppositions au modèle néolibéral et son monde vont croissant.

4. Mieux habiter demain

Derrière tout cela, on retrouve une revendication historique fondamentale de la vie en ville (partagée par tous les peuples du monde) : celle de la liberté commune — qui s’appuie toujours sur un double mouvement d’autonomie locale et d’émancipation collective.

Face aux nombreuses tensions et incertitudes qui traversent la période actuelle, l’une des questions centrales est donc sûrement celle de la réinvention de manières d’habiter plus propices au bien vivre4.

Pour imaginer ces communes libres de demain, l’écologie offre un ensemble d’outils et d’analyses (scientifiques, politiques et artistiques) qui permettent de se projeter vers des futurs désirables.

En ce début d’année 2020, nous vous proposons donc d’initier ce travail de réflexion collective à la Chapelle.

 

1 Selon un rapport de l’ONU de 2018, 68% de la population mondiale vivra dans des villes en 2050, contre 55% aujourd’hui.

2 Par exemple, la métropole du Grand Paris accueille aujourd’hui plus de 10% de la population française (7 millions d’habitant.es sur 67 millions) et importe 90% de l’énergie qu’elle consomme.

3 Contrôle des frontières et vidéosurveillance versus révoltes populaires et luttes de territoire ; spéculation et financiarisation versus communs et municipalisme ; tout numérique et géo-ingénierie versus ralentissement et relocalisation.

4 Le buen vivir, hérité des traditions de luttes populaires andines, est « un concept de communauté où personne ne peut gagner si son voisin ne gagne pas » (Alberto ACOSTA, Le Buen Vivir – Pour imaginer d’autres mondes, ed.Utopia, 2014).