En avril, la librairie accueille une exposition et une rencontre consacrées à Souvenirs de Marie Rameau

« Créer, même et surtout ici, c’est résister, c’est espérer, c’est vouloir vivre »

souvenirs

Voici un ouvrage dont la justesse remarquable et la grande émotion toute en pudeur en font un véritable trésor. Dans Souvenirs (éditions La Ville brûle), Marie Rameau fait acte de mémoire. Elle y recueille les objets fabriquée dans les camps de concentration par des femmes déportées, condamnées pour faits de résistance. Vêtements (soutien-gorge notamment dont étaient privées ces femmes comme elles étaient privées de tout), broderies, carnets, sacs, chaussures, jouets pour les enfants qu’elles espéraient revoir un jour,… tous fabriqués à partir de rien, ou de si peu : chutes de caoutchouc, toile de matelas, masques à gaz. Chaque objet est accompagné du portrait et pour quelques unes toujours vivantes du témoignage de sa créatrice, soit 19 femmes, pour beaucoup mortes dans les camps. Leur vie, la solidarité qui les a unis, l’humour et la créativité dont elles ont fait preuve dans des circonstances terribles résonnent comme un cri incroyable de survie.

Extrait de la préface de Marie Rameau :

« Depuis des années je photographie des femmes qui ont fait de la résistance pendant la guerre de 1939-45. Je fais en sorte que mon chemin croise le plus souvent possible le leur. Ces femmes sont de ces êtres rares, qui ont construit, au même titre qu’un artiste le ferait de son œuvre, une personnalité en accord avec elles même. Elles qui se sont battues contre le pire de l’homme ont la générosité de me laisser penser que l’on peut continuer à en espérer le meilleur. Chacune est une preuve que l’homme peut se façonner de manière autonome, comme il sculpterait un morceau de glaise, une construction qui tient dans l’entrecroisement du fil des idées que l’on suit, qui tient dans l’envie si forte que cela soit le cas. Avec un désir permanent de conserver debout ce fragile édifice qu’est un être humain. Au fil du temps, ce traître, je les vois disparaître. Le vide laissé derrière elles, s’il est gigantesque, s’accompagne heureusement de leur omniprésence et j’ai le singulier et réconfortant sentiment qu’une main est posée sur mon épaule, qu’une seconde me saisit le coude, qu’une troisième me tient la main (…) Lorsque je leur demande de me parler de ces objets, leur récit devient moins historique et plus personnel. Elles s’attachent à me raconter un moment, me parle de leurs compagnes qui ne sont pas rentrées, ou qui rentrées avec elles, ont disparu depuis des années. Elles m’ouvrent les boites dans lesquelles elles conservent leurs trésors, je les photographie avec le sentiment que ma pratique photographique prend ainsi tout son sens. Elles parlent aussi des cadeaux qu’on leur a faits, donnent corps à cette solidarité sans laquelle aucune, n’aurait pu survivre, corps à ces fils de l’amitié, dont Germaine Tillion disait que le camp était tissé. Toutes ont à cœur que l’histoire de celles qui sont mortes au camp soit dite. Elles leur ont promis qu’elles raconteraient. Montrer ces objets, raconter les histoires qui leur sont attachées, c’est autant parler de celles qui sont rentrées, que préserver la mémoire de leurs compagnes assassinées par les nazis. C’est montrer des traces de cette force de vie qui a pris le dessus sur la barbarie.« 

Rencontre avec Marie Rameau, qui propose notamment une visite ‘guidée’ de l’exposition, jeudi 21 avril à 19h30

Carnet Violette Maurice ouvert Chien Nitchevo Mouchoirs brodés Annette

Pour en savoir plus :

http://www.humanite.fr/ces-objets-temoins-de-la-resistance-de-femmes-581293
http://next.liberation.fr/livres/2015/05/27/sans-elle-je-n-aurais-pas-tenu_1317674