Ce que vit le rouge-gorge de Laurence Biberfield

 Éditeur :au-delà du raisonnable (2016) / 328 pages / 18 euros

Gildas Girodeau ecrivainLa poésie et la noirceur, et l’alliance très réussie et subtile des deux, font de ce roman une lecture fascinante, presque obsédante. L’ensemble du récit se déroule comme en huis-clos dans un élevage industriel porcin, dans la puanteur, au milieu des machines très élaborées, les pieds dans la boue, les mains dans le sang. Cet élevage est mené d’une main de maître par un couple plutôt jeune et très ambitieux, composé de Jean-Michel, séducteur incorrigible qui a choisi sa femme comme on choisit un partenaire d’affaires, et de Marylène, femme à la beauté tapageuse et à la jalousie encore plus démonstrative. Au début du roman, surgit Garance, personnage mystérieux, fragile, têtu, cabossé par la vie qui se fait embaucher par le couple en tant qu’aide de maison, et ce dans le but de lever le secret sur la disparition d’un être qui lui est cher, disparition bien sûr intimement liée à l’élevage et ses protagonistes. En dire davantage sur la quête de Garance serait priver le lecteur d’apprécier le suspens habilement distillé tout au long du récit, et qui fait de Ce que vit le rouge-gorge un roman noir à part entière. Mais le genre du polar ne suffit pas à circonvenir ce livre qui est aussi un grand roman sur la relation dévoyée que l’être humain entretient avec le monde animal, notamment en convoquant la souffrance insupportable des porcs, vécue de l’intérieur, privés d’espace, surexploités, considéres uniquement d’un point de vue de rentabilité. Et réduit comme il l’est à des considérations financières, cet être humain ne sait pas ou maladroitement, dangereusement, aimer l’autre. C’est donc aussi un roman sur l’humanité, sauvée heureusement par la beautée inattendue de quelques personnages purs et marginaux. En très résumé, une lecture âpre certes mais essentielle.

 

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