Et toi, tu as eu une famille ? de Bill Clegg

Éditeur : Gallimard (2016) / traduit de l’anglais (US) par Sylvie de Schneiter / 282 pages / 20 euros 

et-toi-tu-as-eu-une-famille Connecticut, veille de mariage, les invités sont tous déjà présents. 11 personnes s’expriment à tour de rôle car le grand jour n’a pas eu lieu et pour cause : un incendie s’est déclaré. Le fil remonte jusqu’aux événements précédant l’incendie meurtrier et s’étend immédiatement après. Récit des non-dits mais aussi des commérages, il est question de famille recomposée mais aussi de différence et de choc des générations. Bill Clegg sème le doute à petites touches : sur quels personnages se fier ? Dans cette population locale où tout le monde se connait, personne n’est tout à fait blanc et c’est justement ces témoignages empreints de culpabilité qui donnent toute la puissance à la narration. Superbe roman polyphonique où la prise de conscience générale est le début de quelque chose de bien plus grand : le deuil et la solidarité.

Aurore Marty (bibliothécaire)

Résumé : Il en faut peu pour détruire une vie. Un mensonge, une maladie, un accident… En une nuit, un incendie a tout enlevé à June : sa fille Lolly, qui allait se marier le lendemain ; Will, son futur gendre ; Luke, son petit ami, et Adam, son ex-mari. Unique survivante et réduite à l’errance, elle traverse le pays en voiture, abandonnant la petite ville du Connecticut où a eu lieu la catastrophe, à la recherche de ce qui la lie encore à Lolly, avec qui ses relations étaient difficiles. La voix des habitants, touchés eux aussi par le drame, émerge peu à peu. Il y a Lydia, la mère de Luke, mise au ban de la société en raison d’un scandale passé, il y a Silas, un adolescent qui aime tirer sur son bang de temps en temps, et ce d’autant plus qu’il est le détenteur d’un secret qu’il aimerait oublier. Il y a aussi les commères de la ville, qui voient en Luke un coupable idéal, car ce jeune Noir, de vingt ans le cadet de June, a déjà été incriminé pour une affaire de drogue. Autant de voix, de délicates interférences, qui témoignent de cette tragédie et en explicitent peu à peu les causes. Bill Clegg dresse une galerie de portraits subtile et émouvante, dans un roman à la narration complexe qui est avant tout une ode à la famille -celle que l’on a, celle que l’on crée – si imparfaite et fracturée soit-elle. La réflexion qui sous-tend Et toi, tu as eu une famille? est poignante – comment supporter l’insupportable, comment se remettre d’une telle épreuve? – et se voit transcendée par l’espoir, la bonté et le pardon.

 

 

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(modifier le titre en fonction de la catégorie de la chronique, c’est à dire modifier les mots entre guillemets)