« Une vie en l’air » aux éditions Fayard

Philippe Vasset, avec style et pertinence, questionne les notions d’habiter dans ce récit ô combien réjouissant !

L’auteur est né près de la voie d’essai de l’aérotrain, ce projet un peu dingue de la fin des années 60 d’un engin qui filera jusqu’à 500 km/h, précurseur du TGV.

En 1969, une voie expérimentale de 18 km est construite entre Ruan, au nord d’Artenay et Saran, dans le département du Loiret. Cette voie en viaduc, constituée de tronçons monoblocs de 120 mètres de long et à une dizaine de mètres au-dessus du sol, est soutenue par 900 piliers ou poteaux espacés de 20 mètres qui limitent l’emprise au sol. Le tracé de la voie est prévu pour s’inscrire dans une future ligne Paris-Orléans. Le tracé rectiligne autorise des vitesses de 400 km/h. La voie est équipée à ses deux extrémités d’une plate-forme permettant le retournement de l’Aérotrain, et d’une plate-forme centrale, à Chevilly, permettant de le garer dans un hangar et d’accueillir les passagers. Cette ligne, à l’abandon, existe toujours. Elle est visible à l’est de la voie ferrée Paris-Orléans et depuis la RN 20.

Cette voie va hanter Philippe Vasset toute sa vie et ce livre est une tentative de cerner le pourquoi de cette obsession. Avec beaucoup d’humour et de finesse, il nous invite à s’interroger avec lui sur ce que signifie habiter un lieu, un territoire, en voici un petit extrait :

« Or le monde qu’on nous propose est un monde à vivre et pas à habiter. l’Habitat, c’est du récit : ce sont des sensations projetées sur un lieu et d’autres, suscitées en retour par le même périmètre. Ce sont des incidents, ressaisis par la conversation, et des failles colmatées par le fantasme. Habiter n’est pas une fonction : c’est un long travail d’échange avec le milieu, une garde baissée face à l’extérieur qui afflue. »

 

Né en 1972, Philippe Vasset est journaliste et écrivain. Dans « Un livre blanc » (Fayard, 2007), il explore les zones laissées en blanc sur la carte de la région parisienne, inventant une nouvelle forme de littérature géographique. Dans « Journal intime d’un marchand de canons » (Fayard, 2009) et « Journal intime d’une prédatrice » (Fayard, 2010), il mêle la fiction et l’enquête pour décrire les effloraisons incontrôlées de l’économie mondialisée.

« Une vie en l’air » est son huitième roman et cette rencontre à la librairie promet d’être passionnante.