Jeudi 22 mars à 19h30, en collaboration avec les éditions du sous-sol, nous vous invitons à une soirée consacrée à Joseph Mitchell, en compagnie de l’éditeur Adrien Bosc et du traducteur Lazare Bitoun 

001_Kunk_9780375508905_art_r1

« Joseph Mitchell est une légende » Chicago Sun-Times

Journaliste et écrivain new-yorkais, Joseph Mitchell (1908-1996) est un trésor de la littérature américaine,  très choyé dans le monde des lettres anglo-saxon, où il est cité comme référence par de nombreux écrivains, dont Martin Amis, Salman Rushdie et Paul Auster, mais un trésor bien gardé en France où il est peu connu,
Autodidacte, fils d’un gros fermier de Caroline du Nord, Joseph Mitchell s’arrache aux terres de son enfance, tombe amoureux de New-York en 1929 (miséreuse et fière en plein krach boursier), devient reporter et ne cessera pas d’écrire sur cette ville tout au long de sa carrière. Entré en 1938 au New-Yorker, magazine de reportages sophistiqué, cosmopolite, alors à la pointe du journalisme, ayant depuis accueilli dans ses pages les plumes, entre autres noms prestigieux, de J. D. Salinger, Philip Roth, Ann Beattie, Haruki Murakami, il ne le quittera plus, en deviendra même une des figures tutélaires.

Qu’est-ce qui fait de Joseph Mitchell un écrivain admiré, profondément aimé par les new-yorkais qui dévoraient ses articles impatiemment ?

Peut-être son regard profondément tendre, juste et espiègle sur l’humanité, celle qui peuple les rues. Ses récits prennent pour sujet un prédicateur de rue flamboyant ; le Mc Sorley, plus vieux saloon de New-York au sol recouvert de sciure, farouchement opposé à toute évolution (dont la présence féminine !) ; Joe Gould, clochard céleste et auteur d’une mystérieuse« Histoire orale de notre temps » ou encore le marché aux poissons qui occupera à lui seul plusieurs articles de Mitchell, obsédé par ce lieu symbolique d’une époque dont il restera toujours nostalgique. Ses écrits sont minutieux, très singuliers, formidablement vivants, ils accrochent à la fois le cœur et l’esprit, et bien que circonscrits dans un temps et un espace délimités, ils touchent à l’universel, grâce à l’empathie qu’ils distillent.

C’est peut-être aussi l’aura de mystère qui entoure Joseph Mitchell la raison de sa notoriété, faisant de lui un écrivain important aux yeux de ses pairs n’ayant pourtant jamais écrit de roman. Sur les photographies prises de lui (parfois par sa propre épouse), il est toujours impeccablement vêtu, un peu old school, l’air noyé dans ses pensées. Cet homme en veston et chapeau, écrivain jusqu’ici prodigue, va se rendre pendant plus de 30 ans, à partir de 1964, dans son bureau du New-Yorker, s’asseoir devant sa machine à écrire, et ne plus rien faire paraître ! La patience de la direction du journal qui continuera à le rémunérer, allant même jusqu’à l’augmenter, et l’impatience de ses lecteurs lui réclamant des articles, n’y changera rien. La prose délicieuse de Joseph Mitchell est comme tarie, sans doute figée dans un passé que son auteur ne peut laisser partir, très inquiet des évolutions de New-York et de la société américaine à l’aube des années 70, et très éprouvé par les deuils successifs qui vont l’affecter. Ainsi jusqu’à sa mort, en 1996, cet écrivain éminemment sensible ne dépeindra plus les personnages truculents et les lieux improbables qui font sa signature.

Le merveilleux saloon

Nos lecteurs ont rencontré Joseph Mitchell avec Le Merveilleux Saloon de McSorley, paru en 2016 aux éditions Diaphanes (25 euros, 544 pages), recueil de reportages et de portraits parus dans le New-Yorker entre 1938 et 1955. Un livre intelligent, incroyable (mais vrai), truculent, tendre, passionnant et évidemment merveilleux ! 

Le fond du port

En 2017, les éditions du sous-sol font successivement paraître Le Fond du port (252 pages, 22€), le plus célèbre recueil de Mitchell regroupant six récits, chroniques fabuleuses de la vie new-yorkaise, et une biographie écrite par Thomas Kunkel : L’homme aux portraits, une vie de Joseph Micthell (444 pages, 26€), véritable enquêL'homme aux 100 portraitste sur un écrivain pudique, hommage à un humaniste, dévoilant les secrets de fabrication, parfois surprenants, des portraits concoctés par Mitchell.