Mercredi 7 décembre à 19h30 nous avons le très grand plaisir de recevoir Sonia Ristic pour son superbe roman Une île en hiver paru aux très soignées et délicates éditions du Ver à Soie 

couv_une-ile-2 « En montant sur ce bateau, je ne savais encore rien. Je ne pouvais m’imaginer qu’embarquer sur le Marco-Polo, c’était traverser le miroir. Je suis monté à bord du Marco-Polo et je me suis cogné aux regards des passagers. Personne ne parlait. Dans la cabine, ils étaient tous assis, alignés, silencieux, étonnamment paisibles. Et ils me regardaient.

Dans leurs yeux, il n’y avait pas d’animosité. Aucune curiosité non plus. Rien. Et pourtant, ils me regardaient, tous.

Lorsque j’ai salué d’un signe de tête, les têtes se sont inclinées en cadence pour me répondre. J’ai cherché un regard pour y prendre appui, mais dans tous les yeux, il y avait la même chose. De la bienveillance, un peu d’amusement et des tonnes de mémoire. Une infinité d’images dans ces regards, tellement qu’il n’y avait plus de place pour les mots. Et puis, c’était comme s’ils savaient quelque chose dont je ne pouvais pas me douter, comme s’ils partageaient un secret que je ne pourrais jamais percer.

Je me suis senti mal à l’aise et j’ai baissé les yeux.

Je me suis tourné vers le hublot, à la recherche de la silhouette de la ville, de ses tours d’acier, de béton et de verre, d’une vue familière, mais le continent n’y était plus. Nous n’avions levé l’ancre que depuis quelques instants, mais déjà le continent avait disparu »

Voici le point de départ du voyage d’Abel qui va l’emmener sur une île mystérieuse, habitée de personnages extraordinaires, une île fâchée avec le temps et avec Dieu, dont la magie opère à la minute où le jeune homme y pose le pied. Ce voyage est également celui du lecteur, fasciné par un roman qui revendique la magie de la fiction et qui présente de si nombreuses portes d’entrée, du roman initiatique au conte en passant par la fable morale, que cette richesse le stupéfie. Une Île en hiver est un très très grand coup de coeur, une lecture absolument singulière, touchante et transcendante. 

sonia-risticNée en 1972 à Belgrade, Sonia Ristic a grandi entre l’ex-Yougoslavie et l’Afrique. Elle vit à Paris depuis 1991. Après des études de Lettres et de Théâtre, elle travaille comme comédienne, assistante à la mise en scène, mais aussi avec des ONG importantes (France Libertés, FIDH, CCFD) autour des guerres en ex-Yougoslavie et de la défense des Droits de l’Homme. Dans les années 2000, elle fait partie du collectif du Théâtre de Verre, et crée sa compagnie, Seulement pour les fous. Elle encadre régulièrement des ateliers d’écriture et de jeu en France et à l’étranger. La plupart de ses textes ont été publiés, créés ou mis en ondes. Elle a notamment bénéficié de bourses du CNL (2005, 2008 et 2014), de la DMDTS (2006), du CNT (2007), de Beaumarchais/SACD (2008), de la région Île de France (2010 et 2011), du Conseil Général du 93 (2013), et a été plusieurs fois primée pour ses textes.

LOGO_VAS_HDVer à soie n. m. : Petit animal qui, grâce à son précieux fil, apporte la richesse aux petites gens comme à ceux qui le cultivent. 

Le Ver à soie est une maison d’édition indépendante qui organise son catalogue autour des thèmes du voyage, de la quête, de l’exil et du sentiment d’exil. Toutes les formes de déplacements subis ou choisis sont concernées par sa ligne éditoriale, où l’expérience exilique ne se pense pas de façon sociologique comme réduite au seul concept de « migration » et son lot de statistiques, mais où elle se conçoit comme une posture philosophique et/ou artistique singulière(s). La notion d’exil est donc ici considérée dans son sens le plus large, suscitant créations et résiliences, recherches et interrogations nouvelles sur les marges et les périphéries en tant que phénomènes pouvant s’apparenter à autant de passerelles, de ponts, de seuils, pour penser le lien plutôt que la séparation. L’exil est jugé par nous comme constitutif d’une histoire de l’humanité qui ne s’apparente pas seulement au bannissement ou à l’exclusion. On ne se pose d’ailleurs pas la question de savoir ce qu’est l’exil, car le but n’est pas de souscrire ou de participer à la création d’une ontologie. Nous voudrions comprendre comment l’exil se comporte et quelles sont les multiples manières, y compris modernes, dont on en produit — la modernité nous apprend qu’il n’est plus forcément nécessaire d’être déplacé physiquement pour se sentir en exil. Le voyage ou le décentrement peuvent être ailleurs.